Octobre Rose : Le témoignage d’Isabelle

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Nous avons tenu à laisser la parole à Isabelle une Drancéenne qui nous raconte avec pudeur et sincérité son parcours dans son combat contre le cancer. Nous la remercions pour la confiance qu’elle nous a accordé et espérons que son témoignage puisse aider les autres femmes et leur proches.

Le jour où j’ai découvert une grosseur au niveau du sein droit j’ai pris rendez-vous avec une gynécologue. N’étant pas disponible de suite je suis d’abord allée chez mon médecin généraliste. Après auscultation et les questions d’usage le 1er diagnostic était de dire que puisqu’à sa question « est-ce que cela vous fait mal ? » ma réponse étant « oui », la tumeur ne devait pas être maligne. Aujourd’hui je me dis qu’en fait j’étais complètement stressée et que j’ai fait l’amalgame des mains froides du médecin avec une éventuelle douleur. Ma douleur n’était pas physique mais morale et c’est cet aspect qui a été négligé au départ.

Après une 1ère mammographie, une gynécologue que je ne connaissais pas en a fait l’analyse et m’a annoncé sans ménagement « c’est un cancer madame !! ». Et là tout s’écroule !! Les analyses complémentaires ont ensuite confirmé son diagnostic…brutal.

L’effet d’annonce a été l’étape la plus difficile à gérer. D’abord celle qui m’a été faite car en quelques minutes c’est l’impression que l’avenir n’est plus possible et qu’il faut aller de l’avant pour préparer son départ. Et ensuite le fait de devoir l’annoncer à ma famille, surtout ma mére, mes enfants et mes proches. J’ai mis du temps à en parler avec mes enfants, il fallait trouver les bons mots et surtout ne pas montrer que j’étais tétanisée par la peur.

J’ai été lâche sur ce coup là et leur en ai parlé en présence de mes nièces du même âge que les miens. L’annonce que je devais leur faire et que je redoutais s’est vite transformée en échanges. Chacun posait des questions et notamment « Qu’est ce qui te fait le plus peur dans ce qu’il faudra affronter ? »…A ce stade et après l’effet d’annonce, pour moi la 2é étape compliquée a été la perte des cheveux. Ce que d’ailleurs je leur ai répondu. Le soir je recevais un texto de l’une de mes nièces me disant « T’inquiète pas tata si tu perds tes cheveux je te prêterai les miens ». Aujourd’hui encore cette phrase est le point de départ de l’élan d’amour que j’ai reçu tout le temps de mon traitement.

Effectivement la perte de mes cheveux a été très difficile et d’ailleurs afin de limiter la torture de voir mes cheveux tomber tous les jours un peu plus j’ai demandé à mon frère qui est coiffeur de me raser la tête. Aujourd’hui je regrette de le lui avoir demandé non pas à cause du résultat mais surtout parce que je n’ai pas réalisé à ce momentlà l’effort que je lui demandais. Ca a dû être très dur pour lui d’agir connaissant la raison. N’étant pas très féminine, me retrouver la tête nue était comme si je n’avais plus de signe extérieur me ramenant à ma condition de femme. Une fois le deuil de cet état passé il a fallu vite prendre une décision, mes enfants ne supportant pas de me voir le crâne rasé. J’ai alors découvert plein d’accessoires, foulards, chapeaux très chouettes. De là j’ai fait en sorte que la perte de mes cheveux soit l’unique lien visible qui me ramènerait à la maladie.

La prise en charge de l’hôpital vers lequel je me suis tourné et du personnel hospitalier a été extraordinaire. Disponibilité et gentillesse du personnel, protocole et infrastructures mises en place tout est fait pour le patient et son bien- être. J’ai pu participer à un cours de maquillage car bien évidemment en plus de la perte des cheveux c’est tout le système pileux qui s’est mis en veille. Je me suis donc retrouvée en atelier avec des femmes dans le même cas que moi. La formatrice était au top et nous a fait prendre conscience que malgré tout nous restions des femmes et que cette condition était plus que jamais à revendiquer. Je me souviendrai toujours de ce moment où le miroir de chacune était la personne, comme nous, qui était en face de nous et au fur et à mesure nous nous voyions redessiner et ré exister au travers du regard de l’autre pour à la fin dire et nous entendre dire « whaou vous êtes belle ! ». Et là on se dit c’est bon je vais me battre pour gagner !!!

Lors de mes rv chimio j’étais dans une pièce avec d’autres personnes soignées pour des cancers différents et avec lesquels j’ai vécu des échanges intéressants. Chacun se livre, fait part de ses expériences. Je n’étais ni seule, ni isolée et tout restait possible. Mon combat n’était, de loin, pas le plus difficile et je me devais de relativiser.

Mais avant tout, tout au long de ce combat mon adversaire principal a été moi-même ! je me refusais à me laisser aller pour ne pas faire sombrer les miens, ma famille, mes enfants et mes proches. La vie devait continuer et avec elle son lot de quotidien, de bonne humeur et de dérision… le tout sur un ring ! J’ai été soutenue et portée du début à la fin. A aucun moment je ne me suis sentie seule et tous mes proches se relayaient pour être à chaque fois à mes côtés lors de toutes les épreuves….Comme un baume passé sur les blessures. Je me suis ainsi sentie forte et ai pris confiance dans la finalité de cette épreuve. Ils ont été ma plus grande force et ma plus grande fierté aussi. J’espère pouvoir les remercier un jour à la hauteur de ce qu’ils m’ont tous apporté dans ces moments-là. J’ai puisé ma force dans leur présence, leur amour et leur disponibilité. Je leur dois à tous ma guérison.

J’ai vite repris le travail en mi-temps thérapeutique ce qui m’évitait de rester à la maison à trop penser. Mon environnement de travail et leur compréhension a aussi beaucoup joué dans mon bien-être.

Donc même si le cancer du sein est un de ceux qui se soigne aujourd’hui très bien, les épreuves à passer n’en étant pas moins lourdes. Il faut garder le moral ! Il a été primordial pour moi d’être aussi bien entourée sans pour autant tomber dans la compassion…Juste la vie qui continue. Mes enfants, ma famille et mes amis ont été LA RAISON pour laquelle je suis montée sur le ring et encaissé des coups sans me plaindre… en espérant toujours gagner le combat !!! Mais il ne faut pas le livrer seule et toujours garder en tête que c’est aussi difficile pour ceux qui nous entourent et nous aime que pour nous !

Le passage à la vie normale s’est fait doucement …mais sûrement. Aujourd’hui je suis en rémission. Cette épreuve fait partie de moi et me fait appréhender les choses avec plus de recul. J’essaie de profiter au mieux de tous ces moments simples de la vie et de les partager au mieux. Pour moi le mot « Profiter » et « Aimer » n’ont jamais pris autant leur vrai sens ! Je reste toutefois consciente que je reste un terrain fertile et j’honore chacun de mes rendez-vous médicaux. Isabelle M, assistante de direction et mère de 2 enfants.

Isabelle M,
assistante de direction et mère de 2 enfants

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